Biographie de Travis
Lors de la sortie de l'album The invisible band
Un groupe invisible ? Travis a parfois l’impression d’être transparent. Pourtant, avec 4 millions d’exemplaires vendus de The Man Who, leur second album, Travis a du talent à revendre et le prouve avec son nouvel opus, The Invisible Band. Le titre résume l’ambition de Travis : être un groupe invisible, un groupe que l’on entend mais qui ne se montre pas. Comme ces formations des années 60 dont les chansons étaient si fortes qu’elles avaient leur vie propre, au-delà de l’image du groupe. Le pari est à la mesure de Travis, célébré Outre-Manche en tant que meilleur groupe et meilleur album aux Brit Awards 2000. Une consécration survenue après plus d’un an de tournée en Angleterre comme aux Etats-Unis (en 1ère partie d’Oasis).
C'est en 1996 que Fran Healy a réalisé qu'il finissait plus de chansons que de tableaux. Il forme alors Travis avec Neil Primrose et Andy Dunlop, autres étudiants en arts plastiques, plus occupés à descendre des pintes dans les bars de Glasgow qu'à fréquenter les galeries. Rejoints par Dougie Payne, ils s'installent à Londres après avoir signés en édition chez Sony. Leur premier E. P., All I Wanna Do Is Rock, retient l'attention et on commence à voir Travis dans les pages espoirs des magazines branchés. Ils sont les premiers à rejoindre Independiente le label d’Andy MacDonald, l'ancien patron de Go! Discs. Leur premier album, Good Feeling, sort en septembre 1997 et se place directement dans le top 10 des charts anglais. L’histoire est lancée. Les chansons de Travis rendent heureux. Simples et dépouillées, elles laissent toute la place à des mélodies immédiates qui se chantonnent quasi automatiquement. « Une bonne chanson doit vous laisser sans défense, nu et vulnérable » déclare Neil Primrose. C’est l’une des clefs du succès de The Man Who, qui grâce au bouche à oreille et à l’imparable single « Why Does It Alwais Rain On Me ? » a conquis toute l’Angleterre en 1999. Restait à séduire le reste du monde sans dénaturer les petits bijoux pop que Travis est capable de produire.
Enregistré à Los Angeles avec Nigel Godrich, producteur attitré de Radiohead et résurrecteur de Divine Comedy, The Invisible Band réussit à conserver la fraicheur des albums précédents tout en ayant une production plus sophistiquée. Evitant les artifices, Travis et Godrich sont parvenus à plier la richesse des arrangements aux exigences de la légereté pop. Du coup, des chansons que le groupe n’était pas parvenu à enregistrer de façon satisfaisante jusque là, prennent leur véritable dimension. « Flowers In The Window », « Safe » ou « Afterglow », écrites auparavant, trouvent ici une ampleur à laquelle le registre vocal plus étendu de Fran Healy n’est pas étranger. Avec des titres comme « Sing » (1er single époustouflant) ou « Side », Travis fait mieux que dépasser les restes de la brit pop et explore une veine romantico-épique sans s’y engluer. Une performance à saluer, digne d’un groupe invisible, qui est là pour durer.
Lors de la sortie de l'album 12 memories " Nous sommes devenus populaires sans avoir la permission des gens cools et nous n'en n'avons jamais été pardonnés ", Fran Healy, Londres, juillet 2003. Malgré les épreuves et un succès mondial difficile à digérer Travis revient avec 12 Memories, un nouvel album qui séduira autant les nostalgiques de leurs premiers morceaux indés que ceux qui les ont découverts avec le mégatube " Sing ". A la fin de l'année dernière Travis s'est donc mis à travailler sur 12 Memories. Ils ont monté un studio mobile sur l'île de Mull en Écosse, afin de faire revenir Neil derrière sa batterie. Au programme, musique dès le réveil, bonne bouffe, vieux malt au pub des parents de Neil et soirées scrabble. En deux semaines, ils avaient écrit 9 chansons. " C'était comme tomber à nouveau amoureux ", se souvient Dougie. " Mull est un endroit régénérant. Il n'y avait aucune trace de tension cette fois-ci ". Après avoir travaillé avec Nigel Godrich sur les deux précédents album, le groupe s'est lancé seul à la production. Sans se préoccuper de faire des tubes ou de paraître cool. Fran voulait s'éloigner des chansons légères pleines d'émotion qu'il maîtrise parfaitement pour travailler sur des thèmes d'actualité. " Dans le passé, Nora, ma fiancée, a inspiré beaucoup de chansons sur l'amour, la séduction. Mais maintenant que notre relation est solide, je peux passer à autre chose. "
Travis a failli ne jamais faire ce 4e album. L'été dernier, Neil Primrose plongeait dans la piscine d'un hôtel français et se brisait la nuque. Son médecin était alors à peu près certain de ne jamais le revoir marcher. Fran Healy, Andy Dunlop et Dougie Payne étaient eux anéantis à l'idée que leur ami puisse être reclus dans un fauteuil roulant. Mais 3 semaines après l'accident, Neil passait déjà 10 à 15 minutes par jour derrière sa batterie. Son médecin, surpris de voir son patient debout, reconnut que c'était la meilleure forme de rééducation. Alors que Neil récupérait lentement, le groupe a donc du faire un break forcé de 6 mois. Leur première véritable pause depuis 1999 et l'énorme succès The Man Who. Plus épuisés qu'ils ne le pensaient, et un peu perdus après leur consécration inattendue, ils avaient alors enregistré The Invisible Band dans la foulée. Et si ce celui-ci reste un bon album, le groupe réalise maintenant qu'il n'avait pas assez repoussé ses limites. " Des petites déchirures sont apparues en 2001, au moment de The Invisible Band ", explique Fran. " Nous n'avions pas anticipé que The Man Who ferait aussi bien. En bons Écossais nous refusions de devenir des pop stars et puis soudain nous n'étions plus ce petit groupe de Glasgow. On avait vraiment besoin de revenir en arrière pour tout réévaluer. "
L'accident de Neil, les six mois d'arrêt, l'ambiance du studio de Mull et le désir d'avancer, tout ça se retrouve sur 12 Memories, d'où se dégage une atmosphère détendue, libre et ouverte. L'album amorce un retour à une certaine sobriété, un retour à l'essence de la mélodie sur " How Many Hearts ", " Walking Down The Hill " et surtout sur le magnifique " Paperclips ". Le premier single, " Re-Offender ", est une chanson magnifique et poignante sur la difficulté d'être prisonnier d'une relation brutale. L'émotion dans la voix de Fran est toujours aussi captivante et les frissons ne sont jamais loin. Quelques morceaux s'inscrivent avec classe dans la tradition de la pop d'outre-Manche (" Quicksand ", " Somewhere Else "). D'autres ne répugnent pas à la jouer rock comme " The Beautiful Occupation ", sorti en avril sur l'album Hope du projet War Child, en écho aux manifestations anti-guerre de Londres et Glasgow, ou encore " Peace The Fuck Out " avec les chœurs des fans des Celtics de Glasgow. Avec une orchestration qui vise avant tout la simplicité et l'efficacité, Travis a su donner une immédiateté à 12 Memories qui en fait vraiment leur meilleur album, touchant et sincère : " Travis ca veut dire être digne et honnête. Pour nous, la vérité est la base de tout. C'est la chose la plus puissante au monde ", conclut Fran.